FEQ : LA SOIRéE EN MONTAGNES RUSSES DE KARKWA

Veille d’orage, annulation des spectacles du Festival d’été, évacuation de tous les sites, longue attente et annonce inattendue de la carte blanche de Karkwa sur les Plaines à 22 h : le groupe de Louis-Jean Cormier est bel et bien monté sur scène mardi soir, malgré toute la confusion logistique qui a précédé sa prestation.

Il n’y avait plus un chat sur les sites du Festival d’été lorsque l’organisation a annoncé qu’elle irait finalement de l’avant avec le spectacle de Karkwa dans un message apparu sur ses médias sociaux 45 minutes après l’évacuation, avec cette particularité : il était désormais gratuit et accessible à quiconque voudrait y assister.

La question était de voir si, avec une invitation aussi tardive, les festivaliers seraient au rendez-vous. Quelques milliers d’entre eux ont finalement rappliqué sur les Plaines. Et ils ne l’ont assurément pas regretté.

Plaines d’Abraham! Je vois que tu as répondu à l’appel malgré les intempéries, malgré la pluie… Je vois que ça arrive encore et que ça rentre en cochon. Il y a du monde! Ok, t’es en train de me dire qu’on va être obligés de se forcer, là… a laissé entendre Cormier, le ton moqueur, avant de présenter le DJ de Québec CRi, en introduction.

Puis la fabuleuse machine musicale de Karkwa s’est mise en marche, avec son indie-rock tantôt ambiant tantôt pesant, mais toujours aussi mélodique et enivrant.

Appuyés de projections en noir et blanc sur écrans géants, les membres du groupe – Louis-Jean Cormier (voix, guitare), François Lafontaine (claviers), Martin Lamontagne (basse), Julien Sagot (percussions, guitare) et Stéphane Bergeron (batterie) – sont apparus rassemblés en demi-lune au milieu de la scène, “squeezés sur la plus grande scène en Amérique du Nord”, dixit Cormier, admettant du même souffle avoir eu peur du gigantisme du lieu.

Ouvrant sa proposition avec l’enfilade de Ouverture, Parfaite à l’écran, où le chanteur Talk s’est joint au groupe, Pyromane, À bout portant et Gravité, la formation n’a pas mis de temps à aspirer dans son univers immersif une foule à l’écoute attentive et aux réactions animées. Entre les deux, le courant est vite passé.

Ok. Je pense qu’on a un show, finalement! [Rires] Quel drôle de montagnes russes, que ces deux dernières heures! Mais on est tellement contents d’être là devant toi, ce soir, Québec! T’as juste pas idée. T’as juste pas idée à quel point on est contents d’être là. De célébrer aussi notre 25e anniversaire de naissance… a laissé entendre le chanteur.

Un anniversaire doux-amer pour les inconditionnels de Karkwa, pour qui cette prestation représente d’abord et avant tout un adieu à ses préférés.

Ce soir, Québec, j’aimerais que tu dégustes, parce que tu es probablement en train de voir le dernier concert de Karkwa de toute ta vie. La dernière fois qu’on joue en plein air à Québec, ça c’est clair, et la dernière fois qu’on fait les plaines d’Abraham, ça aussi c’est clair, a poursuivi Louis-Jean Cormier comme pour marquer le sérieux du moment.

Le groupe était en train de picoler dans leur roulotte en arrière de la scène quand il s’est finalement fait dire qu’on irait de l’avant avec le spectacle. Personne n’aurait pu le deviner, considérant la qualité de prestation qu’il a offerte. Même que ça aurait été du gaspillage de ne pas avoir pu aller de l’avant avec cette carte blanche, dont la mise en scène était signée Brigitte Poupard.

Et qui dit carte blanche, dit invités. Ou plutôt invitées. Amie du quintette, Klô Pelgag a rejoint ce dernier pour une superbe interprétation de la magnifique Moi-léger. Plus tard, c’était au tour de Marie-Pierre Arthur, conjointe de Lafontaine, de briller sur Oublie pas. Sans parler des Hay Babies, qui ont joué les choristes et ne laissent jamais indifférents.

Quant à Karkwa, il a été égal à lui-même du début à la fin d’une prestation d’un peu plus de 1h30 : libre, solide et mémorable. On se souviendra des Marie, tu pleures, Le compteur, Le coup d’état et combien d’autres. De quoi faire regretter encore davantage son départ. À un de ces quatre! Qui sait? Qui sait? a laissé entendre Louis-Jean Cormier, ouvrant la porte à l’espoir.

À n’en pas douter, on se rappellera de Karkwa comme l’un des plus grands groupes québécois de sa génération. Et ne serait-ce que pour cette raison, il aurait mérité mieux pour cette performance finale, que cette soirée chaotique devant une foule famélique.

Si le Festival d’été s’était contenté de suspendre les spectacles – incluant celui du populaire rappeur américain NAS au Parc de la Francophonie – plutôt que d’annuler à 20 h, les festivaliers déjà présents sur les Plaines n’auraient peut-être pas quitté la Haute-Ville et auraient pu assister au spectacle plus tard en soirée.

Devant l’insatisfaction causée par cette décision, l’organisation s’est d’ailleurs sentie obligée de s’expliquer en fin de soirée, mardi.

Nous comprenons votre réaction. Nous avons dû prendre la décision qui s’imposait rapidement pour la sécurité des festivalier·ères et des employé·es devant l’ampleur de l’orage qui se dessinait, peut-on lire.

Le message lève ensuite le voile sur la séquence des événements qui a mené à ce cafouillage logistique.

Afin d’assurer la cohérence des consignes, les messages d’évacuation sont diffusés simultanément sur les écrans de tous nos sites. Une fois l’évacuation établie, nous avons pu constater que la météo était redevenue favorable et qu’il serait sécuritaire de reprendre les activités plus tard en soirée. Nous avons choisi de concentrer nos activités sur les Plaines, a indiqué le FEQ.

Les fans de Karkwa qui ont quitté le site pour de bon après l’évacuation n’ont pas été les seuls perdants de la soirée. Les inconditionnels de Fleet Foxes, dont la prestation a été entièrement annulée, aussi. Seuls les chanceux qui ont assisté au Pop-up FEQ du chanteur Robin Pecknold, plus tôt dans la journée au Cercle de la Garnison, auront pu étancher leur soif.

Tokyo Police Club : adieux écourtés

Logeant à la même enseigne musicale que Karkwa, la formation ontarienne Tokyo Police Club a un autre point en commun avec la formation québécoise : elle rangera ses instruments à la fin de sa présente tournée d’adieu.

Le passage du groupe formé du chanteur et bassiste Dave Monks, du guitariste Josh Hook, du claviériste Graham Wright et du batteur Greg Alsop sur les Plaines mardi se voulait d’autant plus significatif. Mais voilà que les quatre musiciens ont été chassés par l’orage, avant même d’avoir complété leur dernier tour de piste.

Pour le peu qu’on en ait vu et entendu, le groupe de Newmarket, qui roule sa bosse depuis près de 20 ans dans les monde de la musique, avait préparé une prestation relevée du point de vue de l’esthétisme, autant musicalement que visuellement. Dommage que ça se soit terminé ainsi.

Les Hay Babies : valeur sûre

En début de soirée, les Hay Babies ont fait ce qu’elles savent faire de mieux : déménager sur scène! Comme à leur habitude, les trois musiciennes de Moncton, Julie Aubé (voix, banjo), Katrine Noël (ukulele, basse) et Vivianne Roy (guitare), ont offert une prestation déjantée, avec leurs costumes flamboyants, leur chiac coloré, mais surtout leur convaincant country-rock.

Appuyées d’un guitariste et d’un batteur, elles ont offert un concentré de leur répertoire – huit chansons bien tassées, dont une à paraître sur un nouvel album à l’automne – simple, direct, efficace et franchement cool.

Des filles qui rockent en français et sans compromis! On aime ça!

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