COMMENT VONT LES ARTISTES CANADIENS?

La pandémie a été un coup dur pour les artistes, qui peinent encore à se relever et à retrouver leurs publics. L’inflation galopante et l’arrêt progressif des aides pandémiques gouvernementales n’aident en rien leur situation. Pour mieux faire voir l’ampleur des défis actuels, le Conseil des ressources humaines du secteur culturel (CRHSC) vient de publier une analyse des conditions de travail et du moral des artistes canadiens. Voici ce qu’il faut retenir.

Multiplication des emplois

Près des trois quarts (71 %) des artistes sondés ont cumulé plusieurs emplois en 2023 pour réussir à joindre les deux bouts et contrer l’augmentation du coût de la vie. Dans la majorité des cas, leur second emploi se trouvait également dans le milieu culturel. Par exemple, parmi les sondés, 65 % ont indiqué enseigner dans le domaine des arts en plus de pratiquer leur discipline artistique.

La moitié des répondants (52 %) ont par ailleurs indiqué que ce deuxième emploi leur rapportait « beaucoup plus d’argent » que le principal.

Moins de 40 000 $ par année

Malgré le cumul des fonctions, la moitié des artistes (51 %) ont déclaré que leur revenu total de 2023 était inférieur à 40 000 $.

Quand on leur demande de ne considérer que les revenus provenant de sources artistiques et culturelles, ils sont alors deux sur trois (67 %) à avoir touché moins de 40 000 $. Et même que 21 % ont gagné moins de 10 000 $. À l’opposé du spectre, seulement 7 % des répondants ont gagné 80 000 $ ou plus.

De manière générale, les trois quarts (77 %) des artistes sondés estiment que leur taux de rémunération est trop faible.

Cette situation précaire génère beaucoup de stress financier chez 7 artistes sur 10, qui ont dû réduire leurs dépenses, retirer de l’argent de leurs économies personnelles ou carrément demander de l’aide financière à un proche pour s’en sortir.

Des barrières systémiques

Plus des trois quarts des artistes interrogés (78 %) ont signalé avoir rencontré des obstacles systémiques lors de leur parcours artistique. Dans la majorité des cas, il s’agit de sexisme ou d’âgisme. Mais beaucoup d’autres se sont heurtés à des difficultés en raison de leur classe sociale, de leur race, de leur langue, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur religion ou encore de leur handicap physique ou mental.

Quant aux défis rencontrés en lien avec les réseaux commerciaux ou le soutien à leur travail, environ les deux tiers des artistes sondés ont indiqué que les bourses et les ventes leur donnaient le plus de fil à retordre. Viennent ensuite dans leurs réponses les chasses gardées et le manque de compréhension de leur travail.

Une santé mentale fragilisée

Entre le stress financier et les difficultés multiples du métier, la santé mentale des artistes est plus fragilisée que jamais. Parmi les personnes sondées, 39 % se disent « insatisfaites » de leur santé mentale et 44 % en sont « satisfaites ». À titre de comparaison, le dernier coup de sonde de Statistique Canada montre qu’en 2023, les personnes estimant leur santé mentale (47 %) « très bonne ou excellente » étaient deux fois plus nombreuses que celles la qualifiant de « passable ou mauvaise » (seulement 20 %).

Pas de regret ou presque

Malgré la situation peu reluisante, presque la moitié des artistes sondés referaient le même choix de carrière si on leur offrait l’occasion de recommencer à zéro. Un tiers des répondants ont répondu « pas sûr-e. Peut-être », tandis que les autres ont indiqué qu’ils changeraient de voie.

Échantillon

Le coup de sonde mené par Hill Stratégies — à la demande du CRHSC — s’est tenu au début de l’année 2024 et a obtenu 1170 réponses, dont 688 d’artistes (près de 60 % des répondants). Les chiffres présentés dans l’étude du CRHSC ne s’appuient que sur les réponses de ces derniers puisqu’ils « constituent le coeur du milieu culturel ». Les artistes sondés viennent de partout au Canada, mais principalement du Québec (23,7 %), de la Colombie-Britannique (22,2 %) et de l’Ontario (20,2 %).

2024-06-11T04:28:07Z dg43tfdfdgfd